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ICHTYOSARCOTOXISMES NON-CIGUATERIQUES
A L'ILE DE LA REUNION

extrait de : "Données actuelles des ichtyosarcotoxismes à la Réunion. Revue de 153 observations.", Thèse pour le Doctorat en Médecine, Université Paris XI, Faculté de Médecine Paris-Sud, 1995.

Dr Christine BONNAT

 

Le terme ichtyosarcotoxisme, du grec ichtyos (poisson), sarcos (chair) et toxicon (poison) désigne une forme d'intoxication consécutive à l'ingestion de chair de poisson.

Différents types d'intoxications se distinguent :

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I - SCOMBROTOXISME OU INTOXICATION HISTAMINIQUE :

Cette intoxication survient après ingestion de Scombridés (thons, bonites, maquereaux), de clupéidés (sardines) ou de Coryphaenidés (dorades).
Dans certaines familles ichtyologiques, plusieurs formes d'ichtyosarcotoxismes peuvent cohabiter rendant le diagnostic délicat. Seules les espèces dont le mode de vie et d'alimentation est totalement pélagique (dorades, bonites, thons) peuvent être considérées comme exemptes de tout risque ciguatérique.
La masse musculaire de ces poissons est particulièrement riche en histidine qui, par dégradation bactérienne se transforme en histamine et en saurine, substances hautement allergisantes. On estime que les troubles peuvent survenir lorsque la concentration en histamine atteint 0,6 g/kg de chair.
La chaleur accélère la dégradation d'histidine.
La prévention repose donc sur l'infaillibilité des chaînes du froid.(32)

a) Clinique et thérapeutique :

L'intoxication histaminique survient souvent dans la demi-heure qui suit le repas.
Les symptômes de début sont : bouffées de chaleur, rash cutané plus ou moins prurigineux, malaise généralisé, céphalées, vasodilatation importante de la face et du cou.
L'hyperthermie à 38° C associée constitue un des éléments du diagnostic différentiel.
Tous les consommateurs sont atteints de manière quasi simultanée.
Dans les heures qui suivent, l'état peut empirer avec un prurit intense, un retentissement cardio-vasculaire (hypertension, tachycardie) accompagnés de troubles digestifs (diarrhées, vomissements).
L'évolution, devient rapidement favorable sous traitement par corticoïdes et antihistaminiques de type H1.

b) 5 observations :

- Observation n°1 :

- Observation n°2 :

- Observation n°3 :

- Observation n°4 :

- Observation n°5 :

c) Incidence à la Réunion :

Dans notre étude, 43 cas d'intoxications histaminiques sont recensés entre 1989 et1993, soit 28 % des ichtyosarcotoxismes.

L'étude de 1986 à 1988 du Dr Vidal retrouvait 28 cas, soit 10 % des ichtyosarcotoxismes.

Les poissons mis en cause sont les Scombridae, les "thons rouges ou jaunes", Thunnus albacores, les "thons bananes", Acanthocybium solandri, les "bonites", Euthynnus affinis, Katsuwonus pelamis, Sarda sarda,...

La majorité d'entre eux provient de la pêche réunionnaise (littoral, large, grand large).

La conservation des produits de la pêche locale ne serait pas toujours assurée dans les meilleures conditions.

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II - TETRODOINTOXICATION :

Connus à la Réunion sous  les noms vernaculaires de "bouffetangue" ou de "boulletangue", les poissons mis en cause appartiennent aux familles des Tétraodontidés, des Diodontidés, des Balistidés.

Leur valeur commerciale s'avère nulle (ils sont interdits à la vente), mais certains pêcheurs locaux les consomment.
Au Japon, une espèce connue sous le nom de "fugu" est très prisée. Elle entraînerait  200 intoxications par an dont plusieurs dizaines mortelles.

La tétrodotoxine est localisée dans la tête, la peau, et les viscères alors que la chair serait atoxique. La toxicité relative des différents organes est maximale durant la période de reproduction. Les travaux réalisés en1987 par YASUMOTO, ont montré l'origine exogène de la tétrodotoxine, et identifié comme agents responsables des bactéries appartenant aux genres Alteromonas, Pseudomonas et Vibrio.

a) Clinique et thérapeutique :

Les symptômes apparaissent très rapidement, de 5 à 30 minutes après ingestion. Ils se manifestent par des sensations de picotements des extrémités avec engourdissement, puis la disparition des sensations tactiles (langue et lèvres surtout). Vertiges, sueurs, céphalées, mydriase, dysphagie, dysphonie, s'installent ensuite. Ces troubles sont suivis de cyanose et de chute tensionnelle. Le patient éprouve une impression caractéristique de flotter dans les airs (disparition de la sensation de pesanteur). Il s'ensuit une paralysie flasque, une paralysie des muscles respiratoires et la mort. La conscience demeure non altérée pendant l'évolution.

La mort survient dans 50 % des cas. Si le cap des 24 heures est franchi, l'issu est favorable.

Le traitement met en jeu une réanimation cardio-vasculaire et ventilatoire.

b) Incidence à la Réunion :

Le risque inhérent à ces espèces est assez bien connu des pêcheurs locaux et la commercialisation de ces poissons est interdite.
En 1959, la consommation au Port d'un "bouffetangue tazar", Gastrophysus sceleratus" entraîne la mort d'une personne et 12 empoisonnements graves.
En 1972, cette espèce provoque la mort de 2 enfants et 7 intoxications à St Paul. (32)
Dans notre enquête, un médecin nous signale Mme Y. de l'Etang Salé qui aurait consommé en mai 1989 un "poisson ballon", Balistes sp., malheureusement sa trace n'a pu être retrouvée.

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III - CLUPEOTOXISME :

Il est consécutif à la consommation de sardines, de harengs... et conduit à un tableau clinique grave. Au syndrome digestif sévère s'associent tachycardie, prurit, cyanose, vertiges, mydriase. 

Les toxines mises en causes demeurent inconnues.

Cette forme d'intoxication est absente des côtes réunionnaises, mais des flambées graves ont été rapportées à Tuléar en 1963 (20 morts), à la Grande Comore en 1974 ( 5 morts) et à Mayotte en 1976 (21 hospitalisations). (32)

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IV - INTOXICATION HALLUCINATOIRE :

a) Espèces causales :

A la Réunion, les poissons responsables de ce type d'intoxication répondent au nom vernaculaire de "cafres" (Acanthuridés) et de "marguerites" ou "cordonniers" (Siganidés).
Ces poissons sont couramment consommés par les pêcheurs locaux tant pour la qualité de leur chair que pour les effets hallucinogènes.

Ce phénomène est signalé de manière occasionnelle dans la plupart des milieux insulaires tropicaux. A Hawaï, elle semble spécifique de certains Mullidés et Mugilidés (Helfrich et Banner, 1960). Aux Antilles, c'est un ostracion (Lactophrys bicaulis) qui provoquerait des hallucinations visuelles et auditives comparables à celle de l'ivresse alcoolique.
Dans l'Océan Indien, cette forme d'ichtyosarcotoxisme est signalée aux Seychelles, à Madagascar, mais le foyer d'endémicité serait l'archipel des Mascareignes (2).
Comme à la Réunion, les pêcheurs mauriciens connaissent bien les effets qu'entraîne la consommation de ces poissons.

Espèces responsables d'intoxications hallucinatoires.

b) Régionalité du phénomène :

Selon LEBEAU (20), la zone élective sur l'Ile s'étend dans le cadrant Sud-Ouest entre l'Etang-Salé et St Pierre. Des témoignages nous ont également été fournis avec des poissons pêchés à Boucan Canot, St Gilles, et Ste Rose.

c) Clinique :

Il s'agit d'une forme bénigne d'empoisonnement. D'apparition rapide (quelques dizaines de minutes à quelques heures), les signes ressentis dépendent de la quantité, mais aussi de la partie ingérée. La tête serait la plus nocive. Une sensibilité différente parmi les convives s'observe également.

Elle se traduit par :

Compte tenu des signes désagréables majorés à l'endormissement, les consommateurs avertis préfèrent manger ces poissons lors du repas de midi.

La durée des symptômes ne dépasse guère 24 heures, laissant la personne dans un état d'asthénie résiduelle comparable à celle des lendemains d'ébriété.

d) Trois observations :

- Observation n°1 :

- Observation n°2 :

- Observation n°3 :

e) Aspects toxicologiques :

Les travaux relatifs à cette intoxication étant quasi inexistants, les seules données disponibles sont celles de LEBEAU (20). Elles suggèrent l'existence chez les Siganidés d'une substance toxique pour la souris, de nature hydrosoluble mais non retrouvée chez les Acanthuridés analysés.
Le caractère hydrosoluble de la toxine suggère une différence de processus toxicologique d'avec la ciguatoxine qui est liposoluble.
Chez les Acanthuridés de Polynésie, on met en évidence une toxine hydrosoluble, la maïtotoxine, qui est synthétisée par Gambierdiscus toxicus.

V - INTOXICATION BACTERIENNE :

Elle résulte d'une mauvaise conservation du poisson. Le tableau clinique développé est celui d'une gastro-entérite plus ou moins fébrile. L'anamnèse, qui précisera l'espèce causale et l'origine commerciale, ainsi que les examens bactériologiques permettront d'écarter l'hypothèse d'une forme fruste de Ciguatera.

la ciguatera à l'Ile de la Réunion : généralités
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VI - BIBLIOGRAPHIE :

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date de mise en ligne : 12/2/2003


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