ARTICLE DU 28/03/04
 
Faits-divers  
C’est un squale d’environ 2m50 qui a planté sa machoire dans la planche et la cuisse de Rémy Lorion, hier, peu avant 18 heures. Le surfer âgé de 20 ans a été rapidement conduit à la clinique de Saint-Benoit où il a subi une intervention chirurgicale de réparation. Hier soir, ses jours n’étaient plus en danger.
 
Lukas Vergnes raconte
Le bodyboarder de 16 ans se trouvait dans l’eau au côté de Rémy Lorion lorsque l’attaque s’est produite. Choqué, il raconte comment il a porté secours au surfeur.
“Il y avait juste une vague qui nous séparait. J’ai à peine vu l’action. Le requin l’a mordu quand il était sur sa planche, une seconde avant la vague. Il est sorti de l’eau et a dit: “je me suis fait mordre par un poisson”. Puis on a vu sa cuisse. Il y avait un trou. Sa tête est devenue toute blanche. Je l’ai aidé à sortir de l’eau. Les secours sont arrivés. C’est incroyable ce qui s’est passé. Tout le monde a été traumatisé. Ça aurait pu être pire. N’importe lequel d’entre nous aurait pu perdre une jambe, parce qu’en bodyboard, on a les jambes dans l’eau. Lui était allongé sur sa planche. Mais ça fait partie du risque, et ça fait réfléchir surtout. Il faut faire très attention et ne pas pratiquer dans l’embouchure des rivières. En tous cas, il ne faut pas arrêter, au contraire. Cela va faire réfléchir tout le monde.”


Eric Sparton : “Il ne faut pas dramatiser”
Hier soir, Eric Sparton, président de la ligue de surf, souhaitait apporter son soutien à la famille de Rémy Lorion et rappeler que ces accidents sont très rares.
“Je suis profondément touché pour la famille. Heureusement l’artère fémorale n’a pas été touchée. L’accident est arrivé en marge des horaires et du site de la compétition. Je n’étais pas sur place, j’ai appris que le requin avait pris le surfer par en dessous et que deux jeunes de la ligue l’avaient aidé à sortir de l’eau sans paniquer. En 18 ans, il y a eu trois attaques, dont une mortelle. Ce sont des choses qui arrivent même si elles sont rares. Il ne faut surtout pas dramatiser. C’est un accident isolé. Nous basons nos compétitions sur le rythme des prédateurs et nous veillons à les terminer au moins 1h30 avant le coucher du soleil. A la Réunion, nous avons 365 jours de surf dans l’année, avec 2000 personnes dans l’eau chaque jour. Ces attaques sont très rares même s’il s’agit du principal risque encouru. Je pense au surfer. Vivre cela dans l’eau, c’est violent, très choquant. Je suis également très triste pour la famille. Quant au club, il est supradynamique et organisait hier sa première compétition. Nous leur apportons tout notre soutien.”

Après une compétition de bodyboard

Saint-Benoit : Attaqué par un requin

Rémy Lorion l’a échappé belle. Selon des témoins, le requin qui l’a attaqué était une sacrée pièce, un monstre d’environ 2m50 qui lui a saisi la cuisse alors qu’il surfait au spot de la gare à Saint-Benoit.“Ses jours sont hors de danger, annonçait vers 20h30 le docteur Koytcha qui a pratiqué l’acte de chirurgie à la clinique de Saint-Benoit, il a une plaie sur la face postérieure de la cuisse de 40 cm de long. C’est une lésion musculaire, les nerfs n’ont pas été touchés. Il a été opéré sous anesthésie générale. Dans 48 heures, il commencera à marcher et sera rétabli dans 8 jours.” Des propos rassurants qui appaisent les esprits après l’affolement de le fin d’après-midi.
L’attaque s’est produite peu avant 18 heures, après la compétition de bodyboard.

 “Je me suis fait mordre par un poisson”
Allongé sur sa planche, Rémy Lorion s’apprête à prendre une vague lorsque le squale plante ses crocs dans sa cuisse. Lukas Vergnes, un bodyboarder compétiteur, est proche du jeune homme lorsqu’il est attaqué (voir ci-contre). Le surfeur tombe et se retrouve à l’eau. En remontant à la surface, il ne saisit pas vraiment ce qu’il vient de se passer et lance: “Je me suis fait mordre par un poisson.” Lukas s’approche de lui et les deux garçons voient alors dans l’eau la morsure sur la cuisse. Blèmes, ils regagnent la rive où le surfeur est pris en charge par l’équipe de secours de permanence présente sur place.

 Un accident incompréhensible
Jacques-Olivier Puyjarinet qui a porté main forte au jeune homme lors de son arrivée sur le sable avait vu la bète peu de temps auparavant sans se douter qu’il s’agissait d’un squale. “J’avais vu un gros coup de nageoire à environ deux mètres de moi, mais je ne m’étais pas affolé, je pensais que c’était un gros poisson. Il devait mesurer au moins 2m50. Je suis un des plus anciens et en vingt ans de pratique, j’en ai vu peu. C’est quand même rare d’en voir et sur le coup, c’est choquant. Lorsqu’on a sorti le jeune de l’eau, on l’a mis sur le ventre et on lui a fait un garrot. La morsure sur la planche mesurait au moins 30 cm.”
Frédéric Boulevart, trésorier du club “Planète bleue” qui organisait l’événement ne comprend toujours pas comment un tel accident a pu se produire alors que toutes les conditions de sécurité étaient réunies: “L’eau était propre. Le ciel et la mer étaient bleus. La compétition avait été reportée après Gafilo et cette fois, toutes les conditions étaient réunies pour que tout se passe bien. C’est l’imcompréhension totale. C’est la première fois que je vois un requin sur ce spot. Ce site est fréquenté tous les jours. On surfe a Saint-Benoit depuis 15 ans et c’était notre première compétition officielle. Il y avait à peu près 40 surfers pour l’événement. Rémy Lorion était un habitué des lieux. Ce n’est pas facile pour la famille mais elle comprend qu’un accident puisse arriver. Nous soutenons ses parents.”
Après l’accident qui a fortement marqué les esprits, la compétition de surf d’aujourd’hui a été annulée. La dernière attaque date de 1989. Bruno Giraud s’était fait attaquer par un requin à Sainte-Suzanne et avait perdu la vie, durant quatre ans, une compétion de surf lui était dédiée. Rémy Lorion a eu beaucoup de chance.

Frédérique Seigle

Journal de l'Île de la Réunion

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