ARESUB

REQUINS ET PLONGÉE

 Dr VAN GREVELYNGHE Géry

Table Ronde de Médecine de Plongée de l'Océan Indien
Île Maurice - 1998

ABSTRACT : Diving is more and more practised though out the world, and is probably the best way to come across sharks in their natural environment. Compared to other risky activities, skin diving is not dangerous. Recently, the sharks bad reputation has been called into question again, and, in the last few years, a certain liking for them has spread, leading to a general concern for the protection of endangered species. The observation of sharks (sometimes dangerous species) is more and more sought after by divers who can use different tectonics to approach them (protection cages or feeding). Waiting for sharks is also possible for divers, particularly when they do spearfishing with bleeding catch around, an attractive stimulus for sharks. Whatever the activity, the face-to-face with these exceptional fishes should be demystified, but become commonplace, otherwise accidents may happen out of carelessness or ignorance. The best way to practise safe diving in the company of sharks is to acquire some knowledge of various species that may be encountered in the area.

 

    La plongée sous-marine est à coup sûr, l'activité de choix pour approcher et observer les requins. La rencontre avec ce prédateur mythique, qu'elle soit souhaitée ou fortuite, ne laisse jamais indifférent. C'est en région tropicale que les "chances" de rencontrer des requins en plongée sont les plus importantes, même si un certain nombre d'espèces évoluent en eaux froides et tempérées. J'utilise le mot "chance" bien volontairement, car chacun sait aujourd'hui que ces rencontres particulières se passent plutôt bien dans l'immense majorité des cas, et laissent en général au plongeur un bon souvenir, parfois accompagné d'un frisson exaltant. Aussi, rien d'étonnant si de nos jours la compagnie des requins est recherchée, et devient même quelquefois un produit que l'on propose comme une excursion spécialisée. Néanmoins, l'enthousiasme à rejoindre les requins au cours de plongées organisées ou "sauvages" ne doit jamais faire perdre de vue que ces poissons ne sont pas des animaux domestiques, et leurs réactions peuvent parfois être imprévisibles... Aussi entre démystification et banalisation, il y a un pas de géant qu'il faut savoir ne pas franchir.

I. Rencontres souhaitées : les plongées à requins

I. 1. Les "shark feeding"

    C'est durant les année 80 que sont apparus les premiers « feeding » ; en Polynésie en premier lieu, où les plongeurs s'aperçurent en observant les pêcheurs locaux qu'il était tout à fait possible de nourrir certaines espèces en leur proposant du poisson. L'aventure présenta bien vite un intérêt économique, car, la peur du requin se dissipant d'année en année, les touristes - plongeurs furent de plus en plus nombreux à vouloir partager le « grand frisson ». Après les Requins pointes noires dans le lagon, ce furent ensuite les Requins gris de récifs près de la barrière, et même les impressionnants Requins citron qui prirent part à la fête.

    Aux Caraïbes, le feeding commença un peu plus tard, quand les plongeurs du cru, qui avaient pour habitudes de nourrir des petits poissons durant les plongées, durent bien vite composer avec de beaux Requins gris et des Requins nourrice, qui voulaient prendre part au festin.

    Dans les eaux tempérées de Californie, des séances de nourrissage de Requins peau bleue furent aussi organisées avec succès pour les besoins de tournages de scènes choc de documentaires. La célèbre plongeuse Valéry Taylor fit admirer une fois de plus son courage face aux squales, mais elle en sortit cette fois quand même avec une belle estafilade à la jambe, qui ne causa heureusement qu'une grande frayeur.

    Car il ne faut quand même pas oublier à qui on a à faire. Le nourrissage d'animaux sauvages tels que les requins ne s'improvise pas. Il demande une certaine expérience, une bonne dose de sang froid et une parfaite connaissance des espèces rencontrées. Il suffit pour s'en convaincre de noter que bon nombre des plongeurs rompus à cet exercice ont eu à un moment ou à un autre une expérience traumatisante, qui fort heureusement se termine souvent pas trop mal. Ce fut le cas pour Hermar Wolksman aux Maldives, ainsi que pour Mickaël de Grey en Afrique du Sud.

I. 2. Les plongées sur sites à requins

    Un autre type de plongée à rencontres est l'immersion en zone réputée pour la présence de telle ou telle espèce, sans stimulus attractif particulier. Des plongées sur site de rassemblements de Requins marteau sont ainsi proposées en différents endroits tels les îles Cocos dans le Pacifique, ou plus près de nous des plongées aux Requins à queue noire à la Roche Pigeon, ou aux Requins bouledogue près de l'île d'Ambre, ici même à Maurice. Si la présence des requins n'est pas aussi "garantie" que lors de feeding, ce type de plongée présente l'avantage de permettre d'observer des espèces peu communes avec un comportement naturel. Elles sont aussi moins dangereuses, même si les requins sont plus grands, car l'excitation alimentaire est absente. Lors de ces plongées durant lesquelles les requins sont déjà présents en nombre naturellement, il apparaît inutile voir même dangereux d'apporter un stimulus alimentaire susceptible de déclencher une réaction ingérable.

I. 3. Les plongées en cage

    Enfin, pour approcher certaines espèces telles que le grand requin blanc, rien ne vaut une bonne cage. Même si certains téméraires commencent à se risquer à des confrontations directes, il faut bien convenir qu'il sont minoritaires et font assez peu d'émules. Gardons simplement à l'esprit que le Grand Blanc est l'une des seules espèces s'attaquant délibérément aux plongeurs avec bouteilles dans un but alimentaire évident. Aussi il ne peut qu'être conseillé aux amateurs de tête à tête avec la "mort blanche" de se contenter des sensations proposées en Australie et en Afrique du Sud grâce à l'organisation de plongée en cage.

II. Rencontres impromptues

II. 1. Reconnaître les bonnes et les moins bonnes rencontres

    Comme il a été dit plus haut, l'observation de requins en milieu tropical n'a rien d'exceptionnel, et chaque plongeur doit s'attendre à être un jour ou l'autre face à un squale. Les variations comportementales entre chaque espèce sont suffisamment importantes pour que chaque plongeur évoluant en zone tropicale acquière un minimum de connaissances permettant de distinguer assez vite un requin d'un autre. L'attitude à adopter est bien entendue différente selon les espèces, que l'on pourrait diviser globalement en 3 catégories dans le secteur des Mascareignes :

Requins peu ou pas dangereux :
  requin nourrice (ou dormeur) plongée normale,
pas de consigne particulière
requin zèbre (ou léopard)
requin baleine
requin pointes blanches de lagon (ou de corail)
Requins assez dangereux :
  requin gris de récifs (ou dagsit) plongée sensible,
être vigilant, ne pas rester seul
requin à queue noire (ou mamzel)
requin pointes blanches de récifs
requin marteau
Requins dangereux :
  requin tigre plongée dangereuse,
retrait stratégique
requin bouledogue
requin blanc
requin pointes blanches du large
requin mako

II. 2. Conseils en cas de rencontres "sensibles"

    Il peut arriver qu'une rencontre ne se passe pas de la meilleure façon. En dehors du Grand Requin Blanc qui peut attaquer un plongeur à des fins alimentaires, certaines espèces peuvent aussi avoir un comportement agressif, mais dans un cadre davantage territorial. La plupart de celles-ci réalisent alors une parade d'intimidation (une nage contorsionnée), qu'il est indispensable de savoir reconnaître, car elle constitue l'ultime avertissement au plongeur avant l'assaut, et souvent la morsure. Les espèces suivantes sont capables d'effectuer une parade d'intimidation :

II. 2. 1. Eviter les imprudences

    Pour réduire les risques au maximum, il existe les dix commandements du plongeur, qui figurent au moins partiellement dans tous les manuels abordant le sujet des requins, mais qui sont très difficiles à mettre en oeuvre en totalité :

  1. Evitez de plonger la nuit, à l'aube, ou au crépuscule, quand les requins sont plus actifs et ont un avantage sensoriel certain.

  2. Evitez les eaux troubles ou sales (à proximité d'une décharge d'ordures, d'un abattoir, ou de l'embouchure d'une rivière), car cela correspond à l'habitat de certains requins dangereux.

  3. Evitez la mise à l'eau après de fortes pluies ou un cyclone, car les modifications physico-chimiques des eaux côtières attirent certains requins dangereux.

  4. Evitez de plonger si vous avez une plaie ouverte ou durant les périodes menstruelles (règles), car les capacités olfactives des squales sont très développées.

  5. Evitez de plonger seul et au large, vous seriez en position de vulnérabilité extrême, car les requins sont enclins à s'intéresser davantage aux individus isolés.

  6. Evitez les objets scintillants, les bijoux aux reflets métalliques importants, ainsi que les vêtements aux teintes très claires et contrastées, qui peuvent attirer l'attention, voire exciter les squales.

  7. Evitez de plonger dans les endroits connus pour être fréquentés par des requins, et renseignez-vous avant de vous mettre à l'eau dans un endroit pour la première fois.

  8. Evitez de garder à la ceinture des poissons capturés si vous pratiquez la pêche sous-marine (l'idéal étant de les mettre hors de l'eau).

  9. Evitez de plonger à proximité immédiate des bancs de pinnipèdes (phoques, éléphants de mer, etc.), ou d'autres mammifères marins (dauphins), car les grands requins suivent souvent ces troupeaux à des fins alimentaires.

  10. Enfin et surtout, évitez de plonger seul : une rencontre "sensible" est toujours mieux gérable à deux. En présence d'un ou plusieurs requin(s) inquisiteur(s) ou agressif(s), ne jamais tourner le dos et toujours faire face d'une façon calme et déterminée : le risque d'attaque est amplifié par la fuite précipitée et limité par le sang froid...

II. 2. 2. Moyens techniques

            En dehors des combinaisons protectrices (cotte de maille "Neptunic") utilisables face à des espèces de petites tailles (Requin gris de récifs, Requin peau bleue), le moyen le plus sûr face aux grands requins (Tigres et Grands blancs) reste la cage métallique (ou le cylindre en plexi : Cousteau, Dangerous Reef). Lors des shark feeding, le débordoir est également souvent utilisé pour faire face aux individus trop collants. Il se révèle la plupart du temps suffisant, mais au cours de certaines plongées, notamment lors de compétitions de pêche sous-marine, le Lupara (tige à tête explosive) a aussi été utilisé.

            Les techniques à l'étude sont de 2 ordres :

 

visa comité lecture : 18/12/2004
mise en ligne : 20/03/2005


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