ARESUB

LA PLONGÉE CHEZ LES SENIORS

Dr Elyane SZALAY BONNANS

Table Ronde de Médecine de Plongée de l'Océan Indien
Île Maurice - 10 et 11 octobre 2001

INTRODUCTION :

L‘Observatoire de la qualité de vie au quotidien créé par Sodexo, qui analyse le comportement des consommateurs, montre bien que nous sommes passés du temps des “ Vieux ” des années 1970 à celui du “ 3ème âge ” dans les années 1980 pour être aujourd’hui au temps des “ Seniors ”. Souvent de connotation négative, ce mot “ senior ” à l’origine désignait en latin les guerriers romains les plus âgés, considérés comme les plus valeureux et les plus respectables, ceux qui possédaient l’expérience, la sagesse. Le senior marketing a établi six critères : l’âge, la santé, l’argent, l’activité professionnelle, le temps disponible et la génération pour définir “ les masters ” de 50 à 60 ans, les “ libérés ” de 60 à 75 ans, “ les paisibles “  de 75 à 85 ans et les “ grands aînés ”.

En France les plus de 60 ans représentent désormais 21,3% de la population contre 19,9% en 1990, alors que la part des moins de 20 ans diminue : 24,6% contre 26,5% dix ans plus tôt. En 2050 selon les projections de population estimées par l’INSEE, 35% de la population aura plus de 60 ans.

Le corps médical est aujourd’hui face à un phénomène de société où après 60 ans il y a une demande de poursuite ou de reprise d’activités sportives. La pratique de la plongée sous-marine en est une.

LA PLONGÉE CHEZ LES « SENIORS » :

De plus en plus la plongée en scaphandre tend à devenir une activité de loisir au même titre qu’une activité sportive. L’engouement pour la plongée après le phénomène “ Grand Bleu ” n’a pas touché uniquement les enfants mais aussi les “ seniors ” de plus de 60 ans. Si les clubs enfants fleurissent un peu partout, si les médecins se sont penchés sur l’incidence de la pratique d’activités subaquatiques chez les plus jeunes, si les fabricants ont travaillé pour mettre au point un matériel adapté et si des procédures particulières ont été établies par les fédérations pour faire plonger les enfants dés l’âge de 8 ans, bien peu de choses pour les plus de 60 ans.

Et pourtant, phénomène nouveau, si l’on rencontre toujours ces “ vieux ” plongeurs qui pratiquent cette activité familière depuis des dizaines d’années et qui font partie de l’histoire de la plongée, nombreux sont ceux qui découvrent cette activité sportive et de loisir après 60 ans. Retraités, disposant de temps libre, voyageant de plus en plus, forme physique entretenue, ils représentent une part non négligeable des plongeurs débutants en milieu tropical.

QUELQUES CHIFFRES :

En l’an 2000, à l’Ile Maurice 9% des plongeurs licenciés MSDA (touristes pour la plupart) ont plus de 50 ans et 1,6% plus de 60 ans.

En France sensiblement les mêmes chiffres sont retrouvés : 8 % des plongeurs licenciés FFESSM ont plus de 50 ans et 1,7 % plus de 60 ans.

Il aurait été intéressant de noter l’évolution de la tranche d’âge des plongeurs depuis 10 ans mais hélas, ni à Maurice, ni en France nous n’avons pu obtenir ces données. Mais il semble évident que l’on plonge de plus en plus « vieux ».

DIVER ALERT NETWORK :

Dans les projets de recherche du DAN (Divers Alert Network), une étude a débuté en 1999 pour suivre les plongeurs de 50 ans et plus (« Aging Diver Study ») en analysant leurs profils de plongée enregistrés sur des ordinateurs de plongée (Project Dive Exploration), en notant leurs problèmes d’équipement, les accidents de plongée, leur passé médical et de plongeur, leurs incidents ou accidents passés en rapport avec la plongée. Cette étude en cours montre l’intérêt nouveau pour cette tranche d’âge de plongeur qui augmente.

Si on reprend les études du DAN sur ces dix dernières années (1987-1997) sur 4889 accidents de plongée et 828 cas de décès en plongée, on se rend compte que la moyenne d’âge des accidentés est passée de 33 à 37 ans et a augmenté de façon parallèle pour les accidents mortels de 38 à 42 ans. En 1998 (431 cas d’accidents), 40% des accidentés avaient entre 30 et 39 ans, 5% entre 10 et 19%, 10% entre 50 et 59 ans, quelques-uns plus de 60 ans et aucun avant 10 ans. Par ailleurs en 1998 (83 accidents mortels), l’âge moyen des décès en plongée se situe entre 40 et 49 ans, soit dix ans de plus que pour les accidents de plongée. Si on considère les causes de décès en plongée retrouvés sur 10 ans, après la noyade, les facteurs cardiovasculaires arrivent en premier (10 %) et au décours de premières plongées, suivis par les embolies gazeuses artérielles (8 %) et les accidents de décompression (2 %).

On plonge plus « vieux », la moyenne d’âge des accidentés se déplace, ce qui semble logique, mais il semble intéressant aujourd’hui de se pencher d’un peu plus près sur les facteurs de risque pouvant exister et ayant un rapport direct avec le « vieillissement » des plongeurs.

OBSERVATIONS :

Pour introduire cette réflexion, deux observations seront présentées, deux cas d’accident de décompression chez une femme de 66 ans et un homme de 64 ans survenus à l’Ile Maurice. Pour ces deux plongeurs en excellente forme physique et déjà expérimentés, ces accidents survenus après des plongées saturantes avec respect des procédures (vitesse de remontée et paliers), aucun facteur de risque n’a été retrouvé dans un premier temps, explorations complémentaires et en particulier recherche de foramen ovale perméable négative dans le premier cas et bilan en cours en France pour le deuxième.

RAPPELS DE LA PHYSIOLOGIE DU VIEILLISSEMENT :

Nous rappellerons rapidement l’évolution physiologique du corps humain avec l’âge :

  1. la consommation maximale d’oxygène (VO2 Max), elle baisse à partir de 20 ans, mais peut être ralentie par un entraînement en endurance régulier.

  2. La fréquence cardiaque maximale diminue avec l’âge (Fcmax = 220-âge chez le sujet sédentaire mais sera supérieure chez un sujet actif) et un rythme cardiaque élevé sera moins bien supporté.

  3. Augmentation plus marquée de la tension artérielle d’effort.

  4. Le débit cardiaque, qui au repos reste identique chez le sujet jeune et le sujet âgé, augmente chez le sujet âgé à l’effort, mais de façon moins marqué pour chaque palier d’effort pour atteindre un Qcmax bien inférieur à celui du jeune et un arrêt de l’exercice plus précoce.

  5. La fonction respiratoire : il y a une réduction de 50 % des possibilités ventilatoires. La ventilation par minute est de 130l/mn à 20 ans, 112 à 40 ans et 65 à 70 ans (du même ordre pour le VEMS et la capacité vitale).

  6. Amyotrophie : entre 30 et 60 ans, le sédentaire perd 1/3 de sa masse musculaire active remplacée par des éléments non contractiles et augmente sa surcharge pondérale. La force musculaire décroît.

  7. Le déficit sensitivo-sensoriel : au niveau de la vue, de l’ouïe, de la proprioception, de l’appareil vestibulaire gênant toute activité motrice donc physique et sportive.

Si on laisse de côté les maladies éventuellement accompagnatrices (HTA, BPCO, ostéoporose, …), toutes les études montrent qu’il est possible et même souhaitable de reprendre une activité physique et sportive après 60 ans et même chez des sédentaires depuis plus de 35 ans sous surveillance et conseils d’un médecin.

La pratique de la plongée sous-marine, en l’absence de maladies chroniques évolutives ou de contre-indication à la pratique de cette activité, un plongeur âgé, en bonne forme physique peut continuer ou apprendre à plonger après un examen médical soigneux. Cependant quelques réflexions s’imposent, dues à certaines spécificités mises en jeu dans cette activité sportive un peu particulière.

LA PLONGÉE SOUS-MARINE CHEZ « LES SENIORS » :

Premier problème : celui de s’équiper ; le matériel est souvent lourd, les combinaisons difficiles à enfiler, la souplesse des épaules est moindre, les lombalgies fréquentes et il faudra attacher une grande importance sur ce point pour que tout soit fait sans effort, avec des gestes simples et un équipement adapté. De même, à la mise à l’eau ou en remontant sur le bateau, se déplacer avec un bloc sur le dos ou l’utilisation d’une échelle seront autant d’efforts à fournir que seule une bonne forme physique peut permettre.

Des conseils sur le choix du matériel peuvent être donnés et surtout pour les anciens plongeurs attachés à leur bouée tour du cou ou à leur vieille combinaison, une stabilizing jacket assure un confort supérieur et son utilisation en surface est plus aisée. Une combinaison neuve en néoprène souple et bien isolant assurera une protection isotherme fondamentale chez les plus de 60 ans, car comme chez les plus jeunes il faudra toujours se méfier des refroidissements favorisant les essoufflements et les accidents de décompression.

Penser aussi à la vue qui baisse avec l’âge et peut rendre délicate la lecture des matériels de mesure, et aussi au port éventuel d’un appareillage dentaire.

Par ailleurs, le laxité tympanique est moindre et il faudra savoir “ prendre son temps ” pour descendre.

Mais à côté de tous ces petits problèmes qui peuvent être gérés relativement facilement, il ne faut pas oublier que l’adaptation cardio-vasculaire à l’effort est moindre, de même que la qualité des échanges gazeux pulmonaires, d’où l’importance d’une visite médicale annuelle.

Et enfin qu’en est-il de la désaturation en azote ? Le dégazage semble se faire plus lentement chez un sujet âgé du fait d’un moins bon fonctionnement du filtre pulmonaire, que ce soit pendant la remontée, aux paliers ou entre deux plongées. Les résultats d’une étude intéressante faite sous la direction de Bernard GARDETTE ont été présentés en septembre 1996 au congrès de l’European Undersea Biomedical Society (EUBS) analysant trois facteurs “ favorisant les bulles ” : la vitesse de remontée, le poids et l’âge (figure 1 et 2). Concernant l’âge, il semble incontestable qu’après 40 ans la production de bulles est plus importante (étude réalisée avec 20 plongeurs masculins effectuant des plongées de profil identique) et que ces plongeurs seraient plus exposés au risque d’accident de décompression.

Rappel du Code de Spencer :
Degré 0
: absence totale de signaux de bulles.
Degré 1 : quelques signaux de bulles espacés, mais la majorité des cycles cardiaques en sont dépourvus.
Degré 2 : signaux de bulles isolés ou en groupes dans moins de la moitié des cycles cardiaques.
Degré 3 : tous les cycles cardiaques contiennent des signaux de bulles, mais qui ne couvrent pas les bruits normaux du cœur.
Degré 4
: un flux continu de signaux de bulles couvrant les bruits normaux du cœur.

CONCLUSIONS :

Alors quels conseils donner à un retraité de 60 ans désireux de partir à la découverte de ce nouvel univers ?

Tout d’abord, l’importance d’un examen médical rigoureux et attentif tous les ans chez un médecin ayant une bonne connaissance de la plongée et des contre-indications médicales à la pratique de la plongée en scaphandre.

Cet examen visera à :

A côté de cette visite médicale annuelle, la pratique d’une activité physique régulière sera conseillée et, à côté des conditions générales de sécurité habituelles, on retiendra principalement :

Si tous ces conseils seront assez facilement acceptés par le plongeur néophyte de 60 ans, beaucoup plus difficile sera à faire passer le message chez un “ vieux ” plongeur totalisant plus de 1000 plongées, habitués à plonger à 40 m ou plus !    

 

BIBLIOGRAPHIE :

  1. BROUSSOLLE B., Physiologie et Médecine De La Plongée. Ellipses.

  2. BRUNET-GUEGJ E., MOYEN B., GENETY J, Médecine du Sport. Masson.

  3. CARTURAN D., avec la collaboration d’Alain BOUSSUGES, Gilbert HABIB et Jean-Marie SAINTY, sous la direction de Bernard GARDETTE, APNEA n°88 mai 1997 “ Ce qui favorise les bulles ”

  4. DIVE LOG ASIA Third quarter 1995 “ Age and diving ”

  5. FOSTER P., Plongée sous-marine à l’air.

  6. FRUCTUS X. et SCIARLI R. PLONGEE - SANTE, SECURITE. Editions Ouest France. EMOM.

  7. INSEE PREMIERE N°762, mars 2001.

  8. Le Journal “ Le Soir ”, Les Seniors actifs. Hippocampe mars 2001

  9. REPORT ON DECOMPRESSION ILLNESS AND DIVING FATALITIES. DAN.2000 EDITION.

  10. STRUYE M., APNEA janvier-février 1997 “ Un médecin répond à vos questions... ”

  11. TROSSEL T., OCEANS n° 238 juillet-août 1997 “ La plongée après 50 ans ”, d’après un mémoire du Dr. Noëlle MANICHON.

 

visa comité lecture : 29/11/2004
mise en ligne : 15/12/200
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