ARESUB

PROTOCOLE DE PRISE EN CHARGE PRÉ-HOSPITALIÈRE D'UN ACCIDENTÉ DE PLONGÉE A L'ÎLE MAURICE

Mémoire pour l'obtention du Diplôme Inter-Universitaire de Médecine Hyperbare et Subaquatique (Faculté de Médecine de Lille II)

Dr Yousouf Sulliman SOOKUN

6 novembre 2001

Résumé :

Un service d’aide médicale urgente (SAMU) a été créé en 1997 à l’Ile Maurice et plusieurs de ses médecins ont suivi en 2001 une formation en Médecine de Plongée et Hyperbarie. Il nous est apparu important et indispensable pour notre pays, où la plongée loisir est en plein développement, de proposer une démarche logistique de prise en charge primaire d’un accidenté de plongée.
L’accident de plongée est une urgence médicale vraie. Sa prise en charge doit être uniformisée et les délais d’une éventuelle recompression améliorés. Des protocoles simples et univoques doivent pouvoir être mis en route rapidement.
L’objectif recherché par ce travail est de définir des fiches standardisées utilisables dès que le centre de réception et de régulation (n° d’appel : 114) reçoit un appel pour un accident de plongée :
-        
conseils immédiats par téléphone pour un non médecin ou un médecin sur place,
-        
déclenchement de l’alerte pour l’évacuation et prévenir la chambre de recompression,
-        
protocole de prise en charge sur les lieux de l’accident par l’équipe médicale d’urgence,
-        
élaboration d’une fiche d’évacuation et de surveillance jusqu’au lieu où se situe la chambre de recompression.

PLAN :

  1. introduction

  2. le caisson hyperbare de l’Ile Maurice

  3. répartition des garde-côte

  4. répartition des centres de plongée

  5. le SAMU de l'Ile Maurice

  6. déclenchement de l’évacuation

  7. prise en charge de l’accident de plongée

  8. prise en charge sur les lieux de l’accident par l’équipe médicale d’urgence

  9. fiche de médicalisation primaire

  10. évacuation de l’accidenté

  11. perspective d’avenir

  12. conclusion

  13. bibliographie

 

1 - INTRODUCTION :

L’Ile Maurice n’est plus une “ nouvelle ” destination plongée, mais occupe aujourd’hui une place reconnue dans "Le Tour du Monde en 80 Plongées ”. Une cinquantaine de centres de plongée sont enregistrés à Maurice, pour la plupart membres de la Fédération Mauricienne de Plongée (MSDA), affiliée à la CMAS (Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques). L’activité plongée représente environ 60 000 touristes / an (10% des touristes) et ce chiffre est toujours en augmentation, ce qui fait environ 200.000 plongées par an. Il apparaît aujourd’hui indispensable de mettre en place un service compétent pour la prise en charge des accidents de plongée, de leur évacuation et de leur traitement.

Durant ces douze dernières années, une cinquantaine d’accidents de plongée ont été pris en charge au caisson de Vacoas.  L’évacuation des accidentés du lieu de l’accident à la chambre de recompression se faisait par des moyens personnels le plus souvent.

Un Service d’Aide Médicale Urgente est en place à Maurice depuis 1997 et ses médecins sensibilisés au fait que l’accident de plongée est une urgence vraie. Une formation en Médecine de Plongée et Hyperbarie a eu lieu en 2001 et l’Île Maurice a aujourd’hui 15 médecins hyperbares et le projet d’une nouvelle chambre de recompression existe. Toutes les conditions sont donc réunies pour assurer une prise en charge efficace.

Pour cela, et là est le but recherché par ce travail, il faut avant tout définir une prise en charge uniformisée avec des protocoles simples que nous allons essayer de mettre en place.

 

2 - LE CAISSON HYPERBARE DE L’ÎLE MAURICE

            Située à Vacoas, ville située à 400 mètres d’altitude, au centre du pays, cette chambre de recompression a été offerte au gouvernement mauricien en 1988. Elle a été installée dans une enceinte militaire (la Special Mobile Force : SMF). C’est un petit caisson à air comprimé de la marque DORIS.  En mai 1988, il a été mis en service avec l’aide d’un coopérant français et on peut l’utiliser pour une personne allongée (légèrement recroquevillée) avec un accompagnateur. Il n’est utilisée que pour les accidents de plongée.

            Les techniciens et les plongeurs de la SMF ont reçu une formation par un technicien de la COMEX et ils assurent l’entretien du caisson.

            Durant les 10 dernières années (1988 – 1999), le caisson a pris en charge :

·        50 accidentés de décompression de la plongée sous-marine,

·        un cas de surdité brusque,

·        un cas d’intoxication au monoxyde de carbone.

            Sur les 25 dossiers étudiés, nous recensons 13 accidents neurologiques, dont 11 médullaires et 2 vestibulaires, et 12 accidents cutanés et arthro-musculaires.

            Le délai de la prise en charge a été, pour la plupart, inférieur à 6 heures.

            Le transport vers le caisson se faisait essentiellement par véhicule individuel avant l’introduction de SAMU en 1997.


Caisson de Vacoas


entrée du sas

 

3 - RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES GARDE-COTE :

numéros de téléphone des garde-côte

Grand-Baie 263 6332   Grand Gaube 283 9904
Trou aux Biches 265 6001   Poudre d'Or 283 7298
Fort Georges 242 5159   Trou d'Eau Douce 419 2703
Flic en Flac 453 9199   Gde Rivière SE 417 6270
Rivière Noire 483 6922   Bois des Amourettes 634 5319
Souillac 625 5021   Mahébourg 631 9236
      Blue Bay 631 9347

 

4 - RÉPARTITION DES CENTRES DE PLONGEE :

Il y a environ 55 centres de plongée à l'Ile Maurice, dont 50 "professionnels". Parmi eux, 41 sont affiliés à la MSDA :

 

5 - LE SAMU DE MAURICE

Le SAMU a été introduit à l’île Maurice le 3 décembre 1997 avec l’aide de la France.  Une trentaine de médecins ont été formés en médecine d’urgence par l’Université de Bordeaux II de même qu’un contingent d’infirmiers et de permanenciers, avec l’aide du SAMU de la Réunion.

Depuis cette année, 4 médecins urgentistes sur les 22 qui sont affectés au SAMU sont diplômés en médecine hyperbare.

Le Service d’Aide Médicale Urgente (SAMU), est un centre de régulation médicale avec un numéro d’appel unique pour toute l’île : 114. Le centre de régulation est à Port Louis et il existe 5 Services Médicaux d’Urgence et Réanimation (SMUR) répartis sur l’île, avec une salle de prise en charge des urgences vitales et une unité mobile hospitalière.

Le médecin régulateur devra prendre les décisions qui s’imposent.


EMU = SMUR
X = Caisson de Vacoas

 

6 - DÉCLENCHEMENT DE L’ÉVACUATION :

·        NATIONAL COAST GUARDS (NCG), poste le plus près, en cas d’appel d’un bateau pour prise en charge jusqu’à terre.

·        POLICE (tel 999)  : pour demander la mise en alerte du caisson (le seul existant à Maurice actuellement est dans une enceinte militaire)

·        L’hélicoptère pourra intervenir si l’accident se produit sur des îles éloignées au large de Maurice, car les distances restent faibles sur l’île.

·        Le SAMU (tel 114) pour être contact avec le médecin-régulateur qui pourra non seulement dépêcher sur place une équipe médicale mais aussi donner des conseils médicaux en attendant l’arrivée du SMUR.

 

7 - PRISE EN CHARGE DE L’ACCIDENT DE PLONGÉE

Cette prise en charge est déclenchée dès la reconnaissance précoce des signes d’accident de décompression. L’alerte est souvent donnée par le plongeur lui-même, par un autre plongeur ou guide de planquée. Il faut savoir que toute manifestation anormale apparaissant au décours d’une plongée doit être considérée jusqu'à preuve du contraire comme un signe inaugural d’un accident de plongée. Le premier appel se dirige donc vers le 114 où le médecin-régulateur va recueillir certaines informations simples pour déclencher ou non les secours :

-         lieu de l’accident ;

-         type de plongée (bouteille, apnée), caractéristiques de la plongée (temps, profondeur), respect des procédures (vitesse de remontée, paliers) ;

-         bilan médical rapide : conscience, ventilation, signes anormaux : vertiges, paralysie, etc.

-         Présence ou non d’un médecin sur place.

Il faut savoir que la survenue de signes minimes tels que fatigue, démangeaisons, ne doit pas être négligée et une oxygénothérapie doit être immédiatement commencée.

Le médecin-régulateur conseillera alors une mise en décubitus latéral gauche avec la tête horizontale. Il conseillera aussi, si la personne est consciente  et ne vomit pas, une réhydratation orale : 0.5 à 1 litre d’eau plate contenant si possible 50 à 100 mmoles/litre de chlorure de sodium et pauvre en sucre (les solutions destinées à la réhydratation des enfants diarrhéiques pourront être utilisées). Enfin l’acide acétylsalicylique à la dose de 5 mg/kg est recommandé. En cas de suspicion de lésions du tube digestif, aucune prise orale ne sera conseillée. Si les signes disparaissent en moins d’une demi-heure, l’administration de l’oxygène sera prolongée et un médecin de plongée sera consulté. La persistance ou l’aggravation des signes conduira le malade à la chambre de recompression.

Dès ce stade la fiche standardisée sera remplie par le témoin.

Devant des symptômes graves, une équipe du SMUR sera envoyée sur place pour la prise en charge pré-hospitalière.

 

8 - PRISE EN CHARGE SUR LES LIEUX DE L’ACCIDENT PAR L’ÉQUIPE MÉDICALE D’URGENCE

Un bilan rapide doit être effectué sans retarder les premiers gestes et l’évacuation. Tous les médecins du SAMU ne sont pas spécialisés en médecine de plongée ; l’objectif recherché est que tout accidenté bénéficie d’un traitement adapté en attendant la prise en charge par un médecin compétent. Un protocole simple doit donc être élaboré et diffusé pour la prise en charge initiale, le bilan initial et l’évolution sous la forme de fiches simples, rapidement utilisables que nous proposons ci-dessous.

Après le bilan médical, le traitement sera initié et il comprend :

1.      une oxygénothérapie,

2.      une correction de la volémie.

 

L’oxygénothérapie :

C’est le geste fondamental et, s’il y a des troubles de la conscience, une intubation trachéale peut être pratiquée ; la ventilation spontanée en oxygène pur est respectée. En cas de suspicion de pneumothorax, et si une ventilation contrôlée est nécessaire, un drainage pleural sera effectué en urgence. On cherchera aussi un emphysème sous-cutané.

La correction de la volémie :

Comme nous n’avons pas encore d’hydroxyethylamidons, le sérum salé isotonique ou les solutions de Ringer seront utilisés. Toute surcharge volémique sera évitée en raison de risque d’œdème pulmonaire.

Si le patient n’a pas encore reçu de l'acide acétyl salicylique, celui-ci sera administré par voie veineuse.

Outre le remplissage, l’oxygénothérapie et l’ASA, nous pourrons reprendre les recommandations de la Réunion, à savoir :

-         Pentoxifylline : 2 ampoules par litre,

-         Nicergoline : 2 ampoules par litre,

ceux-ci à visée oxygénatrice cérébrale et vasodilatatrice ;

-         Solumédrol 240 mg en case d’accident de type II.

 

9 - FICHE DE MÉDICALISATION PRIMAIRE

 

1. LE PLONGEUR ET LA PLONGÉE

 

DATE :

HEURE :

NOM, PRÉNOM :

 

AGE :

ADRESSE :

 

TEL :

NIVEAU EN PLONGÉE :

DÉBUTANT [ ]
PLONGEUR *
[ ]
PLONGEUR **
[ ]
PLONGEUR ***
[ ]
MONITEUR [ ]

CLUB                     [ ]

HORS CLUB          [ ]

Nombre de plongées effectuées dans les dernières 24 heures :

 

1ère plongée

2ème plongée

Heure de mise à l’eau

 

 

Profondeur max

 

 

Temps passé au fond

 

 

Vitesse de remontée

 

 

Heure de sortie

 

 

Paliers

 

 

DERNIÈRE PLONGÉE

COURANT :          OUI  [ ]            NON  [ ]
TEMPÉRATURE DE L’EAU :

 

ÉQUIPEMENT :

COMBINAISON  [ ]
GILET 
[ ]
RÉSERVE
  [ ]
MANOMÈTRE
  [ ]

 

BOUTEILLE :

CAPACITÉ :
PRESSION EN FIN DE PLONGÉE :

TABLES UTILISÉES :

ORDINATEUR  [ ]

 

TYPE DE PLONGÉE

EXPLORATION [ ]
EXERCICE
[ ]

CIRCONSTANCES DE L’ACCIDENT

PANNE D'AIR  [ ]
ESSOUFFLEMENT 
[ ]
PANIQUE 
[ ]
REMONTÉE
RAPIDE [ ]
AUTRES :

MALAISE  [ ]
VERTIGE 
[ ]
SYNCOPE 
[ ]
PALIERS MAL FAITS 
[ ]

PREMIERS SIGNES

IMMERGÉ  [ ]
DIFFÉRÉ 
[ ]

IMMÉDIAT  [ ]
HEURE :

SIGNES

Douleurs lombaires  [ ]
Fatigue 
[ ]
Anxiété 
[ ]
Picotements 
[ ]
Perte de la sensibilité 
[ ]
Marche difficile 
[ ]
Muscles sans force, paralysie
[ ]
Vertiges 
[ ]
Nausées, vomissement 
[ ]
Autres :

Troubles de l’audition  [ ]
Troubles de la vue 
[ ]
Troubles du langage 
[ ]
Respiration difficile 
[ ]
Douleurs thoraciques 
[ ]
Crachats sanglants 
[ ]
Emphysème sous-cutané 
[ ]
Convulsions 
[ ]
Perte de connaissance 
[ ]

         

 

 2. TRAITEMENT INITIAL

 

SUJET CONSCIENT

ASPIRINE  [ ]

DOSE :
HEURE :

 

EAU PLATE  [ ]

AUTRES :

 

SUJET INCONSCIENT

RÉANIMATION  [ ]

DURÉE :

 

VENTILATION  [ ]

Liberté des voies aériennes  [ ]
Bouche à bouche 
[ ]
Insufflation instrumentale 
[ ]

 

CIRCULATION  [ ]

Massage cardiaque externe  [ ]

 

PLS   oui   [ ]       non  [ ]

 

OXYGÈNE  [ ]
Sonde nasale 
[ ]
Masque 
[ ]
Insufflation 
[ ]

DÉBIT :
HEURE :

 

HEURE DE PRISE EN CHARGE :

HEURE D’ARRIVÉE AU CAISSON :

SCORE DE GLASGOW :

TRAITEMENT MIS EN ROUTE

MÉDICAMENT

DOSE

HEURE

DURÉE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ÉVOLUTION :

 

 

 

 

 

           

 

 

10 - ÉVACUATION DE L’ACCIDENTÉ :

            - Le malade sera évacué vers la chambre de décompression de Vacoas sous perfusion et sous oxygénothérapie.

            - Le médecin de l’équipe du SMUR notera l’évolution clinique et complétera la fiche de médicalisation primaire et d’évacuation qu’il remettra au médecin compétent.

 

11 - PERSPECTIVE D’AVENIR :

            À l’heure actuelle, le caisson de Maurice situé à Vacoas est dans une enceinte militaire mais sans service hospitalier d’urgence à proximité, donc jusqu’à présent toute personne évacuée vers le caisson était recomprimée puisqu’elle ne pouvait être gardée en observation à proximité. Par contre les délais d’attente variaient du fait d’une absence de service de garde et du peu de médecins étant à même de prendre en charge une recompression.

            Il semble indispensable qu’une nouvelle unité de soins hyperbares se mette en place, dans une enceinte hospitalière disposant d’un service de réanimation, car si une prise en charge codifiée et efficace est possible aujourd’hui à Maurice, il faut, au bout de la chaîne de soins d’urgence, une continuité obligatoire pour être tout à fait opérationnel.

            La formation d’un plus grand nombre de médecin s’avère nécessaire de même que la formation d’un personnel paramédical et de techniciens pour assurer non seulement un meilleur soin aux patients mais aussi l’entretien de la chambre hyperbare.

 

12 - CONCLUSION :

Nous espérons que ce travail aidera à améliorer la prise en charge des accidents de plongée à Maurice où si elle semble souvent bien faite par les moniteurs particulièrement sensibilisés et formés à Maurice aux premiers secours en cas d’accident de plongée, on retrouve trop souvent un retard à l’évacuation, ceci due souvent à la prise de décisions inappropriées ou retardées.

L’accident de plongée est une urgence médicale vraie mais aussi une intervention peu fréquente sur une année, comparée aux autres urgences, et pour laquelle la mise en place d’un protocole standardisé simple est indispensable.

 

13 - BIBLIOGRAPHIE

-         Médicalisation primaire des accidents de plongée à l’Ile de la Réunion, HARMS J.D., POTIER P., ANDRE H. 1992.

-         Prise en charge préhospitalière et traitement médical des accidents de décompression (en dehors de la recompression), SEYER J., 2001.

-         Fiche d’évacuation du Plongeur, FFESSM.

-         Prise en charge initiale des accidents de la plongée sous-marine autonome sportive, Analyse et perspectives, GRANDJEAN. B.

-         Fiches d’évacuation, Code Vagnon, JEANT D.

-         Le SAMU de Maurice, NUNDLOLL S.

-         Eléments de Médecine de la plongée, MELIET J.L.

-         L’hyperbarie à Maurice : passé, présent, futur , JUHOOR.S, Table ronde de médecine de plongée de l’Océan Indien, 10 et 11 octobre 2001, Grand Baie, Ile Maurice.

 

date de mise en ligne : 4/2/2002


ASSOCIATION RÉUNIONNAISE DE MÉDECINE SUBAQUATIQUE ET HYPERBARE
Siège social : Groupe Hospitalier Sud Réunion, BP 350, 97448 Saint-Pierre cedex, Ile de la Réunion

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