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LES LIAISONS DANGEREUSES AVEC LA MER/E

Marylène THOMERE
Psychologue clinicienne

Article paru dans Le Journal des Psychologues, n°133, déc 1995 - janvier 1996
reproduit avec l'aimable autorisation du Journal des Psychologues.

plan :

  1. Questions à Marylène Thomère : Plongée sous-marine, un corps à corps avec la mer/e ;

  2. le plongeur sous-marin : sportif philobate ?

  3. la plongée : expérience de vie symbiotique ?

  4. Références bibliographiques.

Marylène Thomère, psychologue clinicienne, formée à l'Ecole de Psychologues Praticiens de Paris, a fait des recherches pendant plusieurs années sur le sujet, sur des textes, en les confrontant avec le vécu des plongeurs sous-marins. Elle livre l'ensemble de cet itinéraire dans un ouvrage : Les liaisons dangereuses avec la mer/e, éditions Hommes et Perspectives, 1995.

PLONGÉE SOUS-MARINE : UN CORPS A CORPS AVEC LA MER/E

    C'est l'hypothèse d'une psychologue, fondée sur l'histoire des mythes, des légendes, sur des interviews et sur l'analyse de réponses au test de Rorschach de plongeurs sous-marins. Marylène Thomère rejoint et développe l'idée de Ferenczi d'une aspiration à une régression thalassale de l'homme, à la quiétude et au bonheur de l'existence intra-utérine, quitte à frôler la mort. Dans une civilisation visuelle, le film Le Grand Bleu de Luc Besson en est l'illustration, ainsi que le film de Kevin Costner Waterworld, dans lequel l'homme retourne à sa condition première d'être aquatique.

    Journal des Psychologues : Qu'est-ce qui a pu inciter une psychologue à s'interroger sur ce que vous avez désigné comme les "liaisons dangereuses avec la mer/e" ?

    Marylène Thomère : Les archives des civilisations livrent une inépuisable richesse mythique de la mère, réceptacle de vie, figure non exclusivement bonne, mais ambiguë, présentant souvent un aspect mortifère. S. Ferenczi a eu l'intuition que le ventre de la mère est une mer intérieure dans laquelle l'homme aspire toujours à retourner, d'où cette relation symbolique entre la mer et la mère.
    Nous nous sommes demandés, si la plongée sous-marine n'était pas l'approche la plus forte que l'homme ait trouvée pour revivre un corps à corps avec la mer/e, une régression passagère, sorte de symbiose en trois dimensions, dans un dangereux ballet de liaisons pouvant aller jusqu'aux limites de l'anéantissement comme le film Le Grand Bleu nous le montre.
    Nous avons démontré qu'immergés dans la mer, en obéissant à l'attraction des vastes solitudes, le corps et l'esprit se rejoignent dans une sorte d'union sacrée : la vérité appelle plus loin ...
    D'autre part, aucune recherche en psychologie sur la plongée sous-marine n'avait été réalisée jusqu'à aujourd'hui... Un psychologue n'aime-t-il pas s'aventurer dans les ombres des profondeurs de la psyché, découvrir des terres nouvelles de l'esprit ?

    J.d.P. : Vous avez côtoyé et interrogé bon nombre de plongeurs, y compris parmi les grands. Vous les avez observés, et vous avez un important échantillon de protocole de Rorschach les concernant. Ces explorateurs des abîmes ont-ils quelque chose en commun ?

    M. T. : Nous nous sommes effectivement demandés s'il existe une image de la mer/e commune à l'ensemble des plongeurs sous-marins, et les caractéristiques de personnalité qui en ressortent. Pour cela nous avons choisi de faire passer le test de Rorschach accompagné d'un questionnaire biographique à une population de plongeurs sous-marins expérimentés pratiquant régulièrement leur activité. Nous avons retenu de nombreux outils pour analyser le Rorschach : l'analyse factorielle des correspondances selon la méthode de Benzecri, la grille de dynamique affective de N. Rausch de Traubenberg, la méthode Bolzinger, la cotation de Ficher de Cleveland, la méthode de M. Orr et le logiciel Sphinx-Plus pour le traitement du questionnaire biographique des plongeurs.
    Disons qu'au croisement de ces différentes méthodes d'investigation, nous avons entre autres constaté un besoin chez ces explorateurs des abîmes, de renforcer leur limites, "leur peau". La plongée sous-marine apporterait notamment un renforcement, une restauration des forces narcissiques à travers une tentative de maîtrise des objets extérieurs, à travers un retour toujours recommencé dans la mer/e.
    Parmi les plongeurs sous-marins interrogés, nous vous invitons à lire le chapitre du livre sur un héros thalassique et thanatique : Umberto Pelizzari, champion du monde en apnée profonde à moins 123 mètres.

    J.d.P. : Ce sont surtout les jeunes qui sont attirés par ce sport parfois dangereux. Qui sont ces jeunes et pourquoi cette "passion" se propage-t-elle comme le feu ? Est-ce une mode ou s'agit-il d'un refus du monde "terrestre" ?

    M. T. : Le plongeur sous-marin évolue dans un monde régi par des lois physiques différentes de celles auxquelles son corps est habitué. Il doit respecter les règles et consignes de sécurité, sinon toute transgression peut avoir des conséquences fatales. Le Grand Bleu a été le révélateur de la partie submergée de leur psyché. Le film a fait émerger un phénomène de génération. Plus qu'une mode, la propagation de ce sport serait le signe d'une sorte de "symptôme collectif". Immergés dans une société qu'ils ne parviennent pas toujours à comprendre, qui ne leur apporte pas ce qu'ils demandent ; animés par un besoin de découvrir de nouvelles sensations, de se définir vis à vis du reste du monde, à travers un comportement individualiste, anomique en déliaison d'un lien social relâché, de moins en moins dépendant de traditions, d'idéologies, ils prennent le large en quête d'une rencontre avec un grand Autre, au sens d'altérité. "Adossé à la mort", ce sport ouvre à la reconnaissance des limites, marques pour se sentir contenu, soutenu. A défaut de limites, de zones frontières, de zones interdites, données par la société, le jeune recherche des limites physiques tangibles pour constituer son identité personnelle : la plus grande victoire n'est pas à gagner sur les autres, mais sur soi-même.
    La plongée est une passion, une attraction irrésistible qui permet une emprise physique intense sur un registre limité et provisoire à forte tonalité ordalique. La plongée contraignant à une adaptation vitale devient un autre monde auquel on se donne les moyens d'obéir. La plongée apporte "une intense jouissance d'appartenir à l'instant et de tenir le coup" : "j'ai un corps que je peux mettre en danger, donc je suis, pour le meilleur et pour le pire". La plongée passion est devenue une expérience de vie parallèle, une évasion pour vivre l'existence dans toute sa plénitude.

    J.d.P. : Pourtant la mer n'est pas seulement l'attrait du néant. Vous avez été à Eilat au Dolphin Reef et là des enfants gravement perturbés apprennent la vie à côté des dauphins. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce Centre et la façon dont on y travaille ?

    M. T. : Au sud d'Eilat, en Israël, le Dolphin Reef est un lieu où il est possible de nager ou de plonger avec des dauphins dans leur habitat naturel. Une aire marine en semi-liberté, le Dolphin Reef est à la fois un lieu de détente pour tout public, un lieu de thérapie pour enfants en graves difficultés et un centre de recherche ouvert à tous les scientifiques du monde qui souhaitent étudier le comportement des dauphins et leur vie sociale.
    Le programme de thérapie est réalisé dans l'aire marine réservée aux dauphins. Un seul enfant est traité par une psychologue en accord avec les parents et le médecin de famille.
    Parmi les nombreuses recherches, nous pouvons citer, par exemple, celle de David E. Nathanson réalisée en 1989. Cette étude enregistrée en vidéo, pendant 90 jours, s'est déroulée simultanément aux Dolphins Researchs Centers d'Eilat et de Grassy Key en Floride, en eau chaude. Elle s'est appuyée sur un échantillon de 8 enfants de 3 à 8 ans ayant un retard mental (dont 4 enfants trisomiques). Les résultats de cette recherche ont démontré entre autres que les apprentissages de ces enfants dans l'eau avec les dauphins utilisés comme renforcements et stimuli sont deux à dix fois plus efficaces comparés aux mêmes apprentissages sur terre dans les classes scolaires chez des enfant présentant les mêmes handicaps.

    J.d.P. : Quelles ont été les grandes figures de la psychanalyse qui ont été vos "mentors" dans cette recherche ? Ferenczi, Balint, ... ?

    M. T. : Nous nous sommes appuyés sur les interprétations de certains auteurs entre autres Ferenczi, Balint, Fenichel, ... Très brièvement, puisque nous l'avons développé dans notre livre, pour Ferenczi, le liquide amniotique serait un petit reliquat du grand océan originaire. Son expérience analytique lui a suggéré une profonde analogie entre le corps maternel et l'océan, d'où l'aspiration de l'homme à une régression thalassale.
    En quête d'aventure, les plongeurs sous-marins, livrés à leurs seules ressources, s'exposent volontairement et délibérément à un danger extérieur réel avec un mélange de peur, de plaisir et d'espoir de revenir dans une zone de sécurité. Balint, dans Les voies de la régression, appelle philobate celui qui recherche ce genre de "frisson" par opposition à l'ocnophile qui ne supporte pas de voir sa sécurité menacée.
    Nous avons aussi développé la plongée comme une activité contraphobique selon Fenichel : c'est à dire ce qui est désiré bien que dangereux est recherché pour être maîtrisé, apportant un plaisir intense de sentiment de victoire sur soi, sorte de victoire narcissique face aux angoisses fondamentales.

    J.d.P. : En France, on connaît la naissance dans l'eau, le bébé nageur, d'une façon assez marginale le massage dans l'eau, la gymnastique aquatique, mais pas le "thérapeute dauphin". Vous semble-t-il souhaitable qu'un tel centre pour enfants gravement perturbés et pour les dépressions profondes, comme il en existe en Israël et en Floride, soit créé en France ?

    M. T. : En France, les thérapies aquatiques sont effectivement nombreuses ; par exemple, une expérience récente, depuis 1990, appelée subaquathérapie, a été mise en place par C. Carrier à l'hôpital parisien de la Salpêtrière. Cette thérapie se situe à "l'interface" de deux techniques, la plongée sous-marine et la psychanalyse. La séance se déroule en deux temps, 30 minutes d'immersion du patient dans une eau à 32° avec un psychanalyste et un moniteur de plongée et 30 minutes se déroulant "à sec" avec le thérapeute en face à face.
    Pour répondre à votre question, peu de personnes peuvent se permettre de suivre une thérapie à Eilat ou en Floride. La création d'un tel centre permettrait en France à des psychologues de trouver un champ de recherche qu'ils ne peuvent actuellement investir comme leurs collègues israéliens ou américains. Les nombreuses recherches du Dolphin Research Center en Floride démontrent que les dauphins jouent un rôle bénéfique auprès des personnes dépressives et des enfants autistes, hyperactifs ou dyslexiques : le contact avec les dauphins permettrait de mieux vivre leur handicap.

    (Propos recueillis par Fraga Tomazi)

LE PLONGEUR SOUS-MARIN : SPORTIF PHILOBATE ?

    Le plongeur sous-marin se trouve dans un environnement où peuvent surgir des situations de grande nouveauté, d’étrangeté, voire d’agressivité potentielle ou présumée.

    Ces situations exercent sur lui un pouvoir d’attraction, tant physique que psychologique, mêlé de crainte. Il doit surmonter cette peur de l’inconnu et la convertir en une attitude active et adaptée face à la nouveauté, afin de ne pas s’abandonner à cette attraction sous peine d’un réel danger de mort. Cette conscience chez le plongeur sous-marin d’un danger externe réel est associée à une volonté délibérée de s’exposer à ce danger et à la peur qu’il suscite. Il évolue dans la mer avec « l’espoir plus ou moins ferme d’être capable de supporter et de dominer la peur, de voir s’évanouir le danger et d’être en mesure de regagner sain et sauf la sécurité » (M. Balint, 1959).

    La plongée sous-marine pourrait ainsi proposer un frisson, défini par Balint dans Les voies de la régression (1959), comme un mélange de plaisir, de peur et d’assurance confiante face à un danger externe.

    L’homme qui prend du plaisir d’une rare intensité à ce genre de frisson, lorsqu’il quitte la zone de sécurité pour partir en quête d’aventures et pour revenir ensuite sur la terre ferme, est appelé philobate. Ce néologisme est fondé sur la composition du terme acrobate, signifiant étymologiquement celui qui marche sur les extrémités. L’ocnophile, du grec okne signifiant se dérober, hésiter, se cramponner, renâcler, sera quant à lui celui qui ne supporte pas d’être hors d’une zone de sécurité. Les deux termes philobate et ocnophile contiennent la racine phil signifiant amour. Balint a voulu souligner ainsi que ces deux attitudes sont différentes mais dérivées d’un même tronc, et il démontre que les philobates et les ocnophiles entretiennent des relations ambivalentes avec leurs objets, relations à la fois d’amour et de haine, de confiance et de méfiance.

    L’homme en situation philobatique est entièrement livré à ses seules ressources et ressent d’autant plus un frisson intense qu’il s’aventure plus loin de la sécurité. Le philobate, d’autre part, s’accroche à des objets dits ocnophiles qui renforcent sa confiance en lui. Il réserve ainsi sa tendresse aux objets dont il pense avoir la maîtrise totale et absolue, le genre d’objet qu’un sportif appellerait « mon matériel » ou « mon équipement », cher et précieux à ses yeux. Nous sommes tentés de retrouver ces objets ocnophiles, considérés par Balint comme des « représentations symboliques de la mère aimante d’une part et du puissant phallus d’autre part », dans la proximité physique de la bouteille d’air comprimé que le plongeur sous-marin emporte sur son dos.

    Le monde philobatique est structuré par la bonne distance et la vue, car le véritable danger est l’apparition soudaine d’une situation avec laquelle il faut composer. En plongée sous-marine, ne regarde-t-on pas intensément les objets à bonne distance. Le philobate peut regarder parce qu’il est à distance et ne détourne pas les yeux à l’approche du danger. « Il éprouve un besoin quasi compulsif de surveiller ce qui l’entoure, car ce monde philobatique est composé d’espaces amis plus ou moins parsemés d’objets dangereux et imprévisibles pouvant surgir à l’improviste. »

    Balint situe le philobatisme dans le registre post-dépressif (M. Klein), après l’épreuve de la séparation de l’objet total. Sur le plan affectif, le philobate accepte d’avoir une existence séparée de l’objet, même quand ils ne sont plus en contact étroit l’un avec l’autre. Après avoir accepté sur le plan affectif la dépression suscitée par la prise de conscience que les objets sont séparés et indépendants de lui, le philobate a la capacité de faire face aux situations extérieures réelles, en s’adaptant à la réalité. Indépendance, assurance, autonomie caractérisent alors le philobate. Surveiller l’environnement, faire face au danger, rester à distance d’objets qui offrent une fausse sécurité, qualifient d’héroïque son attitude. L’héroïsme philobatique est dans un sens narcissique, phallique, extrêmement viril et en même temps jamais pleinement adulte, évoque Balint. Est-ce pour cette raison qu’un certain machisme, un côté baroudeur semble être nécessaire au plongeur sous-marin, car comment expliquer à un profane la valeur immanente d’être descendu au plus profond de la mer ? Balint évoque aussi implicitement la toute-puissance maniaque du philobate à la recherche de plaisirs faciles quand il est dans la zone de sécurité et de façon explicite, ce qu’il appelle le déni de la réalité, dans les espaces amis.

    Pour Balint à une certaine époque existait un mélange harmonieux entre le monde environnant et nous-mêmes, et notre mère y était impliquée, d’où le fantasme d’une « harmonie primaire », harmonie parfaite entretenue entre le sujet et son environnement. Une étude de G. Azemar (1990) sur les effets des interactions parents-enfants en situation aquatique représente par le concept de frayage-étayage la recherche d’un frisson et celle d’une recharge affective. La balance entre les deux pôles : risque-sécurité se stabiliserait à l’approche du douzième mois. Le modèle de Balint trouverait-il dans cette recherche un éclairage ontogénétique qui pourrait le conforter ? Le plongeur sous-marin n’ayant pas pu faire cette expérience dans l’enfance chercherait alors à la recréer à travers le voyage subaquatique. Le plongeur sous-marin philobate nous évoque aussi un texte de J. Genet (1948) qui relate l’histoire d’un jeune funambule dans ses rapports avec le fil, le public, la mort et la gloire de son image.

    Le plongeur sous-marin ne serait-il pas un équilibriste qui transforme son fil en flirtant avec le sublime de l’acmé sur l’abîme ?

(extrait de : Les liaisons dangereuses avec la mer/e, pp 115-119)

LA PLONGÉE : EXPÉRIENCE DE VIE SYMBIOTIQUE ?

    Comme nous l’avons vu, la situation de symbiose profonde entre la mère et le bébé pendant la grossesse est à l’origine de nombreuses interactions. Avant sa naissance, l’enfant apprend déjà à connaître le monde, il apprend les éléments de son futur environnement. La mère filtre les stimulations externes et les bruits extérieurs de l’environnement grâce à ses tissus. Mère et enfant sont ainsi en étroit contact permanent obligé pendant neuf mois. La mère le nourrit aussi de sons. La communication sonore est le plus important de tous les contacts que la mère entretient avec l’enfant qui se trouve en elle. Le fœtus est soumis à des bruits intra-utérins à l’intérieur de la mère de manière très privilégiée. Ce sont les bruits intérieurs de la mère (bruits cardiaques, respiratoires, digestifs, la voix de la mère… avec son intonation, son rythme). Ces bruits permanents forment un bruit de fond. Le fœtus perçoit alors le bruit de la vie.

    Parallèlement, lors de son voyage subaquatique, l’attention du plongeur est portée sur les bruits du corps, les rythmes respiratoires, les battements du cœur. Il baigne, comme le fœtus, dans cet environnement sonore. La plongée contraint, elle aussi, à une adaptation vitale et à une restriction des excitations externes. Elle entraîne un désinvestissement des repères de la surface. En plongée, le monde du silence est relatif. L’accélération de la propagation des sons sous l’eau donne l’impression d’une proximité, mais le repérage des sources sonores extérieures est difficile. Le plongeur sous-marin fait corps avec toutes les réalités. Le plongeur sous-marin a la sensation d’être porté par l’eau, devenant enveloppe, une sorte de Moi-Peau, poussé à l’extrême. « Par Moi-Peau nous désignons une figuration dont le Moi de l’enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même comme Moi à partir de son expérience de la surface du corps » (D. Anzieu, 1974). Le plongeur vit un corps à corps avec la mer/e en étant dépendant, car c’est elle qui décide. La peau nous enrobe complètement, c’est le premier-né de nos organes, et le plus sensible. C’est le premier mode de communication et la plus efficace de nos protections. Elle sert avant tout de rempart qu’elle oppose aux agressions du milieu. Elle a une fonction d’enveloppe protectrice, différenciatrice d’un intérieur-extérieur, régulatrice des échanges de limite, garantissant l’intégrité corporelle. Elle relie entre elles les différentes parties du corps en un tout unificateur. C’est l’abri de l’être.

    Porté par l’eau enveloppante, le plongeur doit se protéger du froid par une mince couche de peau, sorte de seconde peau, de cuirasse musculaire : la combinaison en Néoprène faisant écran aux stimuli. Cette combinaison de plongée, sorte de point d’arrêt, de peau-frontière commune entre la mer et le plongeur (entre la mère et l’enfant), sorte de carapace (F. Tustin, 1972), de barrière, d’armure, de contenant idéalisé construit par le sujet, ne renvoie-t-elle pas à la construction d’un faux soi (D. Winnicott) ? Comme si pour se protéger de la fusion maternelle le plongeur avait besoin d’une couche épaisse, par le transit du vêtement, seconde frontière psychique, moins poreuse que la première. Cette combinaison en Néoprène nous a donc évoqué la notion de « seconde peau » d’E. Bick (1968), à l’origine d’une défaillance de la fonction primaire contenante de la peau. « Seconde peau à travers laquelle la dépendance à l’objet est remplacée par une pseudo indépendance grâce à l’usage inapproprié de certaines fonctions mentales… dans le but de créer un substitut de cette fonction contenante de la peau. »

    La plongée permet-elle de vivre une sorte de régression passagère nécessaire, un fantasme de symbiose à travers une sensation de légèreté, vécue en trois dimensions ?

(extrait de : Les liaisons dangereuses avec la mer/e, pp 129-132)

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

Article paru dans Le Journal des Psychologues, n°133, déc 1995 - janvier 1996
reproduit avec l'aimable autorisation du Journal des Psychologues.

mise en ligne : 09/04/2007


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