ARESUB

 

LE ROLE DE L’ANXIETE DANS LES ACCIDENTS DE PLONGEE.

Dr LESQUERRE H.

12/9/1998

 

 

ABSTRACT : In current life, the risk of accidents is partly due Io an individuals personality and psychological condition. In diving an individual evolues in an unaccustomed environment which is a lot more aggressive than his natural atmosphere. Under water the diver must always be able Io judge and control the situation in which he finds himself Also, he must be capable of responding Io any change Io this situation. The correct perception Of an event depends on the psychological factors of a personality.

Anxiety worry and stress as characteristic features can prevent the correct analysis of a situation, this can lead to dramatic consequences in diving.

In studying the level of anxiety with a sample of divers it can be stated in a general manner that the anxious divers were more prone to diving accidents than the non-anxious divers. Does anxiety favour the unexpected arrival of certain diving accidents ?

 

 

On entend souvent dire que le plongeur doit être en "forme" pour plonger mais, dans l'esprit de beaucoup de monde, il s'agit le plus souvent de la forme physique. En dehors du non-respect des paramètres de sécurité, ce sont en général le manque d'entraînement et la fatigue que l'on retrouve dans les principales causes d’un grand nombre d'accidents de plongée... Il s'agit d'une notion qui repose sur des réalités physiologiques. "Ce qui est vrai sur le plan physique, pourquoi ne le serait-il pas également sur le plan psychologique ?…"

Dans la vie courante, on admet que le "risque d'accident" est en partie lié à la personnalité de l'individu, ainsi qu'à son état psychologique... et certains éléments tels que la fatigue, l'anxiété, l'angoisse ou le stress ont la possibilité d'entraîner une réponse inadaptée ou faussée de la part de l'individu. Dans la plongée, l'individu évolue dans un environnement inhabituel et plus agressif que celui auquel il est confronté dans la vie courante et dont les contraintes et les lois peuvent l'exposer à un danger. En cela, un plongeur doit toujours pouvoir juger et maîtriser la situation dans laquelle il se trouve, il doit être apte à répondre à n'importe quelle modification de cette situation pour faire face aux "risques «accidents", mais la juste perception d'un événement dépendra en partie de sa personnalité et de son comportement. Sous l'eau, l'homme évolue d'une façon très différente par rapport à la surface, mais la base de sa personnalité reste la même.

L'anxiété est un état qui, lorsqu'il fait partie de la base d'une personnalité, engendrera lors de tensions ou contraintes une modification du comportement. Cette modification entraînant de l'angoisse, de la peur ou du stress peut empêcher l'analyse correcte d'une situation particulière et rendre inapte le plongeur à s'adapter à cette situation et à respecter les règles élémentaires de sécurité. Dans ces circonstances un accident peut survenir. On a souvent essayé d'expliquer à quel niveau, à quel moment et de quelle manière le comportement peut favoriser la survenue d'accidents de plongée. Les enquêtes et les statistiques qui ont été réalisées sur les accidents de plongée prouvent que le facteur humain est à l'origine d'un grand nombre d'entre eux. Par ailleurs, il n’existe aucun manuel n'évoquant pas le facteur psychologique dans les facteurs favorisants de certains accidents de plongée.

Une étude tente d'apporter des éléments pouvant mettre en évidence les rapports étroits existant entre la personnalité du plongeur et la survenue d'accident de plongée. Affirmer que l'anxiété et le comportement qui en découle ne sont pas complètement étrangers à la genèse des accidents de plongée est un pas qu'il n'est pas facile de franchir, mais qui ne doit surtout pas être ignoré. Cette étude a pour objet de recueillir au sein d’une population de plongeurs (échantillon) des informations concernant leur "vécu subaquatique", afin de constituer deux groupes : les plongeurs ayant été victimes d'accidents de plongée et ceux n'ayant jamais présenté d'accident.

Le seul véritable critère de sélection au départ pour la constitution de l'échantillon est le NIVEAU DE PLONGÉE (NIVEAU III, simplement pour éviter les débutants). Un incident de plongée survenant chez un débutant pourrait être beaucoup plus le fruit d'une appréhension, d’une erreur par méconnaissance de la technique ou du milieu subaquatique, que de l'anxiété véritable, ce qui est beaucoup moins probable chez le plongeur confirmé.

Le type d'Anxiété qui nous intéresse est l'anxiété en tant que trait de caractère, celle liée à la personnalité, caractéristique de l'individu, et qui révèle sa capacité de réponse à une situation de stress. De façon à mettre en évidence les relations de cause à effet existant entre l'anxiété et les accidents de plongée, nous avons mesuré le niveau d'anxiété de chaque plongeur des deux groupes par l'intermédiaire d'un test (Le Test d’Anxiété de CATTELL), qui place le niveau d’anxiété de chaque plongeur sur une échelle, dont le niveau d'anxiété augmente de 0 à 10.

Il a été constaté que les plongeurs ayant été victimes d'accidents de plongée se situent sur l'échelle d'anxiété vers les niveaux d’anxiété les plus forts et inversement, la majorité des plongeurs n'ayant jamais été victimes d'accidents de plongée se situe vers les niveaux d'anxiété les plus faibles. Autrement dit, en ce qui concerne notre échantillon, les plongeurs de "personnalité anxieuse" ont présenté plus d'accidents de plongée que les plongeurs de personnalité non anxieuse; d'autre part, parmi les plongeurs accidentés, les accidents biophysiques (ADD) sont les accidents dont ont été victimes les plongeurs les plus anxieux de notre échantillon, mais aussi ceux que les plongeurs considèrent comme étant les plus immérités.

Si cette étude ne nous permet pas d'affirmer que l'anxiété est un facteur favorisant des accidents de plongée parce qu'elle se limite à un échantillon dont la représentativité est loin d'être absolue, elle essaie néanmoins d'être réaliste. Plus encore, cette étude évoque une notion qui devrait sensibiliser le monde médical et surtout les médecins qualifiés pour délivrer des certificats de "non contre-indication" à la plongée sous-marine, en essayant de faire comprendre et admettre au plongeur que l'aptitude, comme la sécurité en plongée, ne dépend pas seulement du respect des "règles" et des "paramètres" techniques. La preuve en est que beaucoup d'accidents de plongée restent toujours considérés comme immérités et, curieusement (pourrait-on dire) les plongeurs les plus anxieux sont toujours à la recherche des causes de leur accident.

L'aptitude à la plongée sous-marine se polarise sur ce que l'on appelle "les frontières physiologiques". Il appartient aux médecins délivrant ces aptitudes à en déterminer les limites tout en respectant les contre-indications. On considère en règle générale qu'une visite d'aptitude permet au médecin d'appréhender et de cerner la personnalité "physiologique" du sujet. Mais qu'en reste-t-il de la personnalité "psychologique" du sujet ? Que ce soit en plongée loisir ou en plongée professionnelle, serait-il donc audacieux ou raisonnable lors d'une visite médicale de non-contre-indication à la plongée sous-marine d’évaluer, en plus de la personnalité "physiologique", la personnalité "psychologique" du sujet par l'intermédiaire de tests comme l'Echelle d'Anxiété de CATTELL dans une optique préventive, afin d'informer, voire d'écarter de la plongée, les personnes chez qui on découvre un facteur d'anxiété élevé pouvant être intriqué à une pathologie ?

La sécurité, en plongée comme ailleurs, résulte de la conjonction de plusieurs facteurs parmi lesquels le comportement et l'aptitude de chacun à faire face à des situations de stress joueront toujours un rôle primordial. Il s'agit d'une réalité évidente qui, hélas, est souvent mal admise dans le milieu des plongeurs. En effet, aucun plongeur n'osera reconnaître qu'un accident de plongée ait pu être dû à une situation d'anxiété, de stress ou d'angoisse, ce qui est compréhensible dans un milieu où l'image de soi doit être des plus parfaites. Mais parmi l'innombrable diversité de plongeurs que l'on peut rencontrer, qu'il s'agisse de plongeurs qui affirment trouver dans l'eau une sérénité, un absolu, un équilibre leur permettant de réconcilier leur corps et leur esprit pour arriver à la plénitude intérieure, ou qu'il s'agisse de plongeurs dont le niveau d'anxiété est élevé mais qui refusent de mettre cette notion en avant, cette étude se voudrait être une sensibilisation des plongeurs vis à vis d'éventuelles prédispositions psychologiques aux accidents de plongée, afin que cette notion soit intégrée dans l'esprit de chaque plongeur qui se considère comme responsable.

 

 

réf : «Le rôle de l'anxiété dans les accidents de plongée». Thèse pour le Doctorat d'Etat en Médecine Générale, novembre 1994 ‑ Toulouse ‑ France

 

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