L'IMPLICATION DE L'ORGANISATION DU SAUVETAGE DANS LE TRAITEMENT DES ACCIDENTS DE PLONGÉE
BABKINE Michel, Coordinateur National du Sauvetage en Mer
Table Ronde de Médecine de Plongée de
l'Océan Indien
Île Maurice - 1998
PLAN :
les textes fondateurs de l'organisation internationale du sauvetage maritime
le traitement opérationnel des accidents de plongée par les CROSS
ABSTRACT :
The statement will show :
- The emergence of this organisation in the 1970 ;
- The architecture of this organisation, through Hamburg convention principles ;
- The extension of the French participation to the World rescue organisations,
especially in maritime spaces overseas.
Linked, essentially, to the practice of nautical leisure, diving accidents
constitute one of the main causes of death or of disappearance at sea.
Their gravity necessitates operational procedure implementation for immediate
emergency, needs heavy equipment and multiple intervening.
1. LES TEXTES FONDATEURS DE L'ORGANISATION INTERNATIONALE DU SAUVETAGE MARITIME :
Doivent être impérativement cités :
la convention de Bruxelles (1910) qui établit le principe selon lequel le sauvetage des personnes en détresse en mer est une obligation qui relève du principe d’entraide des gens de mer ;
la convention de Hambourg (1979) qui confirme que les états côtiers ont l’obligation d’assurer un service de veille des alertes en vue de favoriser la coordination des recherches et des secours ;
la convention SOLAS (1984) et ses amendements qui définissent les normes d’équipement des navires pour les radiocommunications maritimes employées notamment dans l’émission des signaux de détresse et l’exploitation du trafic radio appliqué à la sécurité et les modalités du Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer (SMDSM).
2. L’ORGANISATION FRANCAISE DU SAUVETAGE :
Elle tient compte des principes qui découlent de l’ensemble des instruments juridiques dont la France est signataire.
2.1. Elle s’inscrit, au premier chef, dans le principe de solidarité établi par la convention de Bruxelles.
Contrairement à d’autres systèmes nationaux, l’organisation française du sauvetage maritime ne s’appuie pas sur une garde côte spécialisée. Elle repose au contraire sur un dispositif d’intervention opérationnel triple constitué par :
l’ensemble des unités nautiques et aéronautiques des administrations employées pour l’accomplissement des missions spécialisées de l’État en mer imparties aux ministères techniquement compétents (Défense, Douanes, Affaires maritimes, Protection Civile) ;
les moyens nautiques de la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM) (association privée d’utilité publique) ;
les navires privés.
2.2. Conformément aux dispositions de la convention de Hambourg et aux prescriptions techniques de la SOLAS, l’organisation française s’appuie sur un dispositif spécialisé, à terre, pour la veille des alertes et la coordination des opérations de recherche et de sauvetage.
Ces centres de coordination sont placés au sein des Centres Régionaux Opérationnels de Surveillance et de Sauvetage (CROSS). Ils ont pour tâche :
de veiller, recueillir, analyser les alertes ;
de définir l’urgence de la situation résultant de ces alertes ;
de définir le dispositif opérationnel à mettre en place ;
de coordonner les moyens d’intervention opérationnels :
en fixant la zone d’opération du ou des moyens engagés,
en fixant l’objectif de la mission,
en établissant et en maintenant les liaisons radio nécessaires avec les moyens,
en levant, à l’issue de l’opération, le dispositif engagé.
Conformément à la convention de Hambourg, la France participe à la répartition globale des zones maritimes dans lesquelles la mission de recherche et de sauvetage est prise en charge par les états côtiers. La zone nationale française inclue les eaux maritimes métropolitaines et les zones d’outre mer. Cinq CROSS sont implantés en métropole. Le dispositif est complété par deux centres en outre mer : aux Antilles et à la Réunion.
Sur le plan administratif, l’organisation du sauvetage maritime est fixée par le décret du 2 mai 1988.
Au niveau central : le Ministère de l’Équipement, des Transports et du Logement, chargé de la mer, est responsable de la politique générale du sauvetage.
Les CROSS et les centres d’outre mer relèvent de son autorité.
L’organisme d’étude et de coordination pour la recherche et le sauvetage en mer (SECMAR) assure la coordination interministérielle entre les différents ministères concernés par l’exécution de la mission de sauvetage.
Au niveau régional : les Préfets Maritimes en métropole et les délégués du gouvernement pour l’action de l’État en outre mer, sont responsables de la conduite du sauvetage.
Les Directeurs de CROSS ont délégation permanente des Préfets Maritimes.
Au niveau local : l’autorité municipale est responsable de la sécurité des baigneurs et des utilisateurs d’engins nautiques dans une zone littorale rapprochée.
Les données chiffrées relatives à l’activité annuelle des CROSS, dans le domaine du sauvetage offrent une certaine stabilité et permettent de dégager les tendances suivantes :
7000 alertes sont reçues et exploitées ;
elles donnent lieu à 5000 interventions pour lesquelles il est fait appel aux moyens opérationnels (enquête à terre; patrouille maritime; patrouille aérienne) ;
les deux tiers des missions de recherche et de sauvetage concernent les activités de plaisance et de loisirs nautiques. Il s’agit d’une particularité essentielle de cette mission. Les usagers non professionnels de la mer, notamment les estivants sont à l’origine de nombreuses alertes. La multiplicité de ces alertes et leur concomitance durant les mois d’été constitue une des principales charges de l’organisation française du sauvetage.
Les accidents les plus graves sont liés aux activités de baignade et de plongée.
Les opérations engagées par les cross concernent 11 000 personnes.
Le nombre de victimes décédées ou disparues est de l’ordre de 250.
L’aide médicale en mer est un service particulier rendu aux marins professionnels et plaisanciers dont l’état de santé requiert un avis médical immédiat.
Le dispositif repose :
sur le centre de consultation radiomédicale (CCMM) et sur les SAMU de coordination médicale maritime ;
sur les liaisons radiomaritimes entre le navire et le centre de consultation ;
sur un dispositif opérationnel d’assistance médicalisée.
Les accidents de plongée constituent, après la baignade, la deuxième cause de mortalité en mer.
Cette considération est clairement étayée par le rapport entre le nombre d’alertes et le nombre de décès ou de disparition.
La gravité de l’état de la personne accidentée et l’urgence du traitement réduisent les délais d’intervention et requièrent une assistance médicale quasi immédiate.
Les accidents de plongée constituent toujours pour les CROSS une opération lourde qui mobilise tous les ressorts de l’organisation de sauvetage.
Les alertes relatives aux accidents de plongée nécessitent :
une enquête détaillée visant à recueillir les paramètres liés à la plongée elle-même et l’état clinique de la victime afin de déterminer les causes de l’accident et permettre d’établir un diagnostic médical et opérationnel ;
un avis médical à recueillir dans des délais aussi brefs que possible ;
un acheminement aussi rapide que possible de la victime vers les infrastructures médicales d’accueil quel que soit le lieu de l’accident.
6. LE TRAITEMENT OPÉRATIONNEL DES ACCIDENTS DE PLONGÉE PAR LES CROSS :
6.1. Plongée en scaphandre autonome :
La procédure opérationnelle repose sur les idées forces suivantes :
assurer au blessé dans les plus brefs délais une assurance médicale ;
prévoir à bord du moyen de sauvetage, la présence d’un médecin ;
évacuer le blessé vers le caisson de recompression disponible le plus proche après avoir recueilli l’avis du médecin régulateur désigné ;
s’assurer auprès du service détenteur du caisson utilisé que tout est mis en oeuvre pour recevoir le blessé dès son arrivée.
6.1.1. Le recueil de l’alerte doit permettre de dégager :
les informations nécessaires pour déterminer le mode opérationnel à pratiquer et en particulier le choix du moyen d’évacuation :
origine de l’alerte,
lieu de l’accident,
lieu de débarquement de la victime et heure prévue de son débarquement.
les informations relatives aux conditions dans lesquelles s’est déroulée la plongée :
heure d’immersion,
heure de retour à la surface,
plus grande profondeur atteinte au cours de la plongée,
profondeur au moment où le malaise est survenu,
vitesse ascensionnelle vers la surface,
respect des paliers.
les informations sur le temps et la profondeur des plongées effectuées au cours des dernières 24 heures.
les informations sur l’état de la victime, les symptômes perceptibles :
l’état neurologique,
l ’état respiratoire,
l’état cardiaque.
6.1.2. L’évacuation de la victime :
Lorsque la victime est ramenée à terre au moment de l’alerte, l’opération ne relève pas du sauvetage maritime, mais d’une assistance terrestre conduite sous la responsabilité du médecin régulateur désigné.
En revanche, il est fait appel à l’organisation maritime lorsque la personne accidentée est à la mer et qu’elle nécessite un rapatriement vers une structure terrestre d’accueil.
Le CROSS assure :
l’information du médecin régulateur désigné qui :
établit un diagnostic sur le traitement de la victime et l’urgence du traitement,
détermine le caisson hyperbare disponible, si le traitement le requiert ;
l’évacuation de la victime (hélicoptère ou vedette rapide en fonction de l’urgence du traitement, du lieu de l’accident, des distances à parcourir jusqu’au site d’accueil de la victime).
6.2 Plongée en apnée :
Les accidents liés à la plongée en apnée constituent la première cause de mortalité.
La procédure opérationnelle est contrainte par des degrés d’urgence identiques à ceux applicables aux accidents de plongée en scaphandre.
Elle suit les mêmes modalités relatives au recueil des informations sur l’état de la victime, à la saisie du médecin régulateur, ainsi qu’à l’évacuation de la personne accidentée.
Accidents de plongée 1994 - 1997 - statistiques CROSS
| 1994 | 1995 | 1996 | 1997 | |
| Plongée en apnée : | ||||
| - alertes | 47 | 42 | 33 | 61 |
| - disparus | 1 | 2 | 1 | 3 |
| - décédés | 12 | 11 | 10 | 14 |
| - blessés | 3 | 6 | 6 | 7 |
| Plongée en bouteille : | ||||
| - alertes | 99 | 106 | 114 | 11? |
| - disparus | 1 | 0 | 3 | 3 |
| - décédés | 13 | 9 | 14 | 7 |
| - blessés | 40 | 54 | 39 | 40 |
visa comité lecture : 30/12/2004
mise
en ligne :
09/03/2005
ASSOCIATION RÉUNIONNAISE DE MÉDECINE SUBAQUATIQUE ET HYPERBARE
Siège social : Groupe Hospitalier Sud Réunion, BP 350, 97448 Saint-Pierre
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